Une longue histoire

l’histoire de la ferme de Gy

Au pied des Bauges, face à la Tournette et au Mont-Blanc, le château de Gy et sa tour dominent le village de Giez. Humbert seigneur de Chevron obtint le fief de Gie par un 1er mariage en 1204. Il ne reste rien de certain de l’ancienne maison forte d’alors. Il s’agissait de protéger des populations, des biens et des récoltes. Les Chevron Villette s’établirent ainsi loin de leur château fort de Chevron (aujourd’hui détruit, à Mercury en Savoie, de l’autre côté du col de Tamié) avec la logique de « couvrir » la route de Genève à Turin. C’est pourquoi ils s’allièrent à de nombreuses reprises avec la famille des Challant qui durant le Moyen Age contrôlait le Val d’Aoste.

Dès le début du XIVème les Chevron Villette reconstruisirent la maison forte dont il reste la tour et les caves. Par étapes successives elle fut agrandie, puis transformée et dotée de granges aux alentours.

Puis l’une des transformations ultérieures fut d’adjoindre de nouveaux communs au XVIIème. Ils furent remaniés lors de la restauration sarde par l’architecte Trivelly (connus pour les haras de Chambéry, malheureusement détruits récemment) qui implanta des voûtes croisées sur colonnes, supportant une grange au-dessus des deux écuries pour les chevaux de trait et de selle. Durant l’Empire, la Savoie ayant rejoint la France pour deux décennies, Théophile de Chevron Villette devint maitre de Forges en implantant la métallurgie moderne en Savoie : il installa une forge dotée d’un four à réverbère toujours existant, devenue aujourd’hui le club-house du Golf de Giez.

Le four consommait d’énormes quantités de charbon de bois : de nombreux Gicans (habitants de Giez) se firent bûcherons et on les dénommait les « forgalus » !
Aujourd’hui encore, en se promenant dans les bois l’on retrouve ces emplacements si caractéristiques des charbonnières. Les besoins en eau nécessaire à cette activité furent maitrisés par plusieurs captages : l’un est devenu la principale source d’eau de la commune, et l’autre fut canalisé jusqu’au bassin de la ferme d’aujourd’hui, rejoignant ensuite les autres eaux par une conduite souterraine.

Puis en s’associant à des industriels lyonnais, l’établissement prospéra et une nouvelle usine fut établie à Cran, ancêtre des Forges de Cran et de Gegedur.

Théophile débuta la transformation intérieure du château en une résidence d’été. Son fils Victor poursuivit ce réaménagement pour la transformer en une habitation plus spacieuse. Au sud, Gy fut doté d’un parc clos agrémenté de cascades et englobant le plateau du Vanelet. En contrebas du château, se trouvaient des jardins potagers et fruitiers, en étages, comme il est de tradition en Savoie, avec une serre chauffée, rappelant que de telles maisons alliaient toujours l’utile à l’agréable.
Après le rattachement de la Savoie à la France, dans les années 1860, Victor puis son fils Charles-Albert établirent autour des communs du XVIIème, une ferme qui se voulait « modèle » dans son organisation sociale et technique. La ferme de Gy fut conçue pour permettre un mode de vie en autarcie pour l’ensemble des habitants du domaine : seul le sel devait être acheté ! Fruits, légumes, volailles, viandes et salaisons, farines, beurre, fromages, pain, etc.. Tout était produit sur place de même que les fourrages ou tous travaux de menuiserie ou métallerie…  Et pour compléter le fonctionnement idéal d’une ferme moderne en 1860, l’alpage des Replains fut même créé de toutes pièces à 1 200m d’altitude ;  il est toujours en activité.

En plus d’être fonctionnelle, la ferme de Gy fait œuvre de pédagogie selon les premiers penseurs sociaux du XIXème, dont Charles-Albert était proche. C’est pourquoi l’on peut lire encore aujourd’hui sur la façade de la ferme :
« Le travail ennoblit l’homme et lui promet le prospérité
L’économie et la sobriété lui assurent l’avenir de sa postérité »

La décoration des façades et les nombreux décors boisés quand à eux, furent inspirés d’Europe centrale, où Victor de Chevron Villette avait été ambassadeur.

Ce domaine fonctionna ainsi jusqu’au début des années 1990.

Aujourd’hui, le château de Gy, son parc, et la ferme avec leurs jardins constituent un rare ensemble homogène et complet du XIXème, toujours enserré dans son écrin naturel. L’ensemble est protégé comme Monument Historique Inscrit.

Après l’arrêt de l’exploitation agricole au début des années 90, le propriétaire actuel, arrière-petit-fils de Charles-Albert de Chevron Villette, a entamé une longue restauration de l’ensemble des bâtiments de la ferme de Gy. Ceux-ci avaient souffert au fil du temps d’une exploitation agricole intensive et étaient devenus inadaptés aux moyens agricoles actuels.

Une phase préalable de diagnostics techniques a permis de fixer les priorités. Les travaux commencés en 2005 ont eu pour but de restituer l’ensemble des façades, toitures et volumes intérieurs et extérieurs tels qu’ils étaient au XIXème, en particulier par le choix des matériaux et des coloris.

Depuis 2011, une nouvelle vie débute pour ces anciens bâtiments : le centre de réception « la ferme de Gy » est officiellement inauguré le 27 mai 2011.

Et en 2013, le Prix du Patrimoine Rhônalpin est attribué à la ferme de Gy pour l’ensemble de sa restauration.

sceauCV-Sophie de Chevron Villette